Entretien avec Hélène Lallier

Beauvais is culture : Hélène Lallier, vous êtes directrice de l’Ecole d’Art du Beauvaisis depuis quelques semaines, pourriez-vous nous présenter votre parcours ? 

Hélène Lallier : Bien sûr ! Issue d’un parcours universitaire double (Masters) en histoire des arts et en développement culturel au cours duquel je me suis intéressée aux projets contextualisés dans l’espace public, j’ai débuté dans l’Essonne, missionnée autour du 1% artistique puis j’ai intégré un premier centre d’art en Rhône-Alpes, dans l'Ain, sur le plateau du Bugey, pour en devenir directrice quatre ans après. Après dix années dans cet établissement, j’ai pris la direction d’un second centre d’art contemporain dans la Drôme ; il s’agissait d’un monument historique : le château médiéval des Adhémar. Tous deux ont la particularité d’être inscrits dans des contextes d’inaccessibilité avec un ancrage territorial à affirmer et un fort projet d’action culturelle à porter. 

Beauvais is culture : Vous dirigiez un centre d’art, vous vous tournez aujourd’hui vers l’éducation artistique, pourriez expliquer ce choix, peut-on dire ce changement de voie ? 

Hélène Lallier : Je ne le vois pas réellement ainsi car diriger un établissement revient à chapeauter une équipe autour d’un projet avec des objectifs de développement, des projections et dans un cadre d’exigence et de rigueur. Ensuite, ce sont les composantes et les priorités qui changent d’ordre.

En effet, piloter un établissement de diffusion artistique (centre d’art) avec une programmation et une politique des publics puis une école d’art (structure d’éducation artistique) avec de l’enseignement et un cycle d’actions qui lie diffusion (expositions) et production in situ (résidences), s’inscrit dans une complémentarité pour moi.

Antérieurement, la mission qui m’incombait, était d’une part, de promouvoir la création et d’ouvrir des fenêtres sur le monde de l’art en suscitant l’intérêt. Elle consistait, d’autre part, à développer une politique d’éducation artistique en sensibilisant un large public à l’art, les créateurs, les œuvres, une exposition, une démarche, en créant aussi les outils de médiation et en accompagnant le corps enseignant auprès des élèves ainsi que les assistantes sociales auprès des artistes-intervenants dans les centres médico-sociaux.

A l’Ecole d’Art du Beauvaisis, j’arrive avec une expertise artistique rôdée, acquise autour d’artistes de générations diverses, connus ou en voie de l’être et dont j’ai accompagné et présenté le travail avec un suivi de production. Ici, je continue donc de côtoyer le processus de création et parallèlement j’accompagne et je conforte les pédagogies en ce sens, ce qui est très vivifiant en soi de remonter au fondement même de création d’une œuvre et d’imaginer y contribuer. Sachant qu’à côté de la classe préparatoire avec des élèves qui ont l’ambition d’aller vers les métiers de l’art, il y a aussi des amateurs, ce qui enrichit la mise en perspective et les enjeux. 

Beauvais is culture : Quelles sont vos priorités pour les tout prochains mois ? 

Hélène Lallier : L’année 2017 est programmée de fait, le début 2018 aussi. Dans la mesure où je suis arrivée après la rentrée, mes objectifs, si tant est que je puisse en avoir sont : observer, découvrir, réfléchir, accompagner, rectifier, enrichir. Une fois 2018 débutée, j’enrichirai ce vocabulaire !

Je prends mes marques et la mesure, et me positionne avec les équipes en place (enseignante/administrative) et auprès de la classe préparatoire. 

Beauvais is culture : L’Ecole d’Art propose des ateliers tout public et une classe préparatoire, votre expérience passée vous donne certainement un regard neuf sur l’établissement. Quelles évolutions ou orientations envisagez-vous ? Quels projets ou actions souhaitez-vous mettre en place ou développer ? 

Hélène Lallier : Il est tôt pour en parler puisque je suis arrivée il y a quelques semaines et annoncer des lignes directrices alors même que je suis en immersion totale serait hasardeux. A ce jour, comme dit, j’observe, je découvre, je réfléchis et mets en perspective mon expérience dans ce nouveau contexte.

Toutefois, j’ai travaillé avec de nombreux établissements de tout niveau (maternelles, collèges, lycées, universités, centre médico-sociaux, hôpitaux..), des écoles supérieures d’art au travers de workshops, projets et jurys. J’ai donc des ambitions pour ce bel outil en lien avec sa réalité. Tout ceci fera l’objet d’un projet d’établissement.

Déjà, l’idée d’y faire entrer le design me semblerait cohérent avec une classe préparatoire dont les élèves s’orienteront, possiblement, vers des écoles supérieures d’art où cette discipline est enseignée. 

Beauvais is culture : En 2002, l’Ecole d’Art a initié un cycle d’expositions terre-céramique, en écho aux traditions du territoire, avez-vous déjà travaillé avec des artistes céramistes ? 

Hélène Lallier : La création contemporaine est polymorphe et protéiforme a-t-on usage de dire. Pour ma part, j’ai toujours prôné une programmation éclectique dans les techniques et les médiums (arts numériques, installation, vidéo, sculpture, dessin, céramique, photographie..). Donc oui, j’ai travaillé avec des artistes qui utilisaient la terre ; certains comme une composante secondaire, d’autres qui avaient une démarche engagée spécifiquement autour de ce matériau.

A titre d’exemple en 2012, en Drôme - qui est un territoire de céramique - j’ai accompagné le projet « L’usage des jours » de Guillaume Bardet, un designer qui, pendant un an, a dessiné un objet en céramique chaque jour puis les a projetés en 3D et les a produits avec une dizaine de potiers du Pays de Dieulefit, village où il vit. Nous avons présenté trois saisons d’objets sur quatre ; elles étaient composées de petites pièces « sculptures de poches » et aussi de plus grandes, créées chez Céralep, fabricant drômois de céramiques industrielles en électricité. La dernière saison a pris corps à la Maison de la Céramique de Dieulefit. Le projet était ambitieux ; le designer a été primé par la Fondation Bettencourt-Schueller via le Prix « Dialogues » pour ce travail collaboratif. L’exposition était itinérante : elle a été inaugurée à Sèvres où l'artiste a produit des pièces puis a été présentée au centre d’art contemporain des Adhémar et simultanément à la Maison de la céramique de Dieulefit puis au Mudac à Lausanne et au Grand-Hornu en Belgique, hauts lieux du design.

Au-delà de ce projet particulier focalisé sur la céramique, j’ai présenté le travail de Rachel Labastie, une jeune plasticienne rhône-alpine qui a fait une résidence à l’Ecole d’Art du Beauvaisis il y a quelques années. Elle a présenté un travail fort, le fruit d’une tonne d’argile pure. J’ai aussi organisé une exposition monographique de Marie Hendricks avec la création d’une pièce majestueuse (un gâteau immense). Réelle prouesse technique de plus de deux  mètres que Marie Hendricks a co-produite à EKWC (Sundaymorning) un lieu de résidence et de production spécialisé en céramique, très réputé aux Pays-Bas. 

Beauvais is culture : Envisagez-vous d’étendre ces expositions et la résidence d’artiste à d’autres disciplines artistiques ? 

Hélène Lallier : Comme indiqué, j’en suis à la phase d’observation. Avoir accès à un atelier céramique et à des fours est une chance : il serait dommage de s’en priver dans les choix d’expositions et de résidences. Ceci étant dit, la céramique s’associe formidablement avec d’autres médiums : cette porte d’entrée peut donc être enrichie en élisant des artistes qui unissent plusieurs matériaux, plusieurs techniques. Après, il est évident pour moi que dans une école d’art, nous devons avoir une vision large de l’histoire des arts et des techniques, décloisonnée en quelque sorte. 

Beauvais is culture : Sur un plan plus personnel, quelle est votre artiste (ou oeuvre) préféré(e) ? Pourriez-vous nous en parler en quelques mots ? 

Hélène Lallier : J’ai plusieurs artistes dans mon panthéon : il y a quelques décennies, durant mes études, j’ai découvert l’œuvre peinte d’Olivier Debré et j’en suis devenue inconditionnelle.

Je suis aussi très sensible à l'oeuvre de Gerhardt Richter, notamment sa série de photographies peintes "Firenze" et à l'univers sculpté, sensuel et néanmoins solennel de Jean-Michel Othoniel avec son travail autour du verre de murano.

Et, dans un style très différent, l’engagement de l’artiste marocain Mounir Fatmi me parle beaucoup, le design minimal d’Hicham Lahlou, dans sa recherche formelle, aussi.

Pour clore, Je reste très attentive à une jeune génération de photographes qui traite du paysage à l’image de Marine Lanier et de sa série des « Vagues ».


Rédigé le 27 octobre 2017

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