La Cathédrale Infinie

Hélène richard

 

              
« Désormais vous verrez dans la journée ce que nous vous avons révélé le soir »
 Hélène Richard, Skertzò
                              

Pour quelles raisons intervenez-vous régulièrement sur des architectures religieuses ?

C’est excitant de travailler sur une forme de réseau et de montrer que tous les édifices sont complètement différents les uns des autres. Outre la quatrième édition de La cathédrale infinie à Beauvais, nous créons un nouveau spectacle pour fêter le millénaire de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. La démarche reste la même pour aborder le travail de création mais au final, à chaque édifice correspond une création particulière. Nous ne reproduisons jamais la même histoire puisque chaque édifice possède sa propre identité, sa propre expression.

Il s’agit pourtant de cathédrales bâties plus ou moins à la même époque et qui témoignent des mêmes courants architecturaux ?

Chaque édifice révèle une architecture particulière. À Beauvais, nous avons à la fois travaillé sur les dimensions vertigineuses du portail de la cathédrale Saint-Pierre mais aussi sur son incroyable dentelle de pierre. À Reims, ce qui est extraordinaire c’est la cohérence de la façade, elle est d’un seul tenant alors que la construction a duré deux cents ans, c’est-à-dire que le projet est resté le même, sans varier durant deux siècles. Mais les sculptures des trois portails appartiennent à trois registres différents. À la différence d’Amiens où la construction n’a duré qu’une cinquantaine d’années et où les sculptures sont parfaitement homogènes en termes de style. Pour revenir aux particularismes de l’architecture religieuse, je pense à la cathédrale du Mans qui débute à l’ouest dans le plus pur style roman avant de se déployer, un peu comme un effet de morphing à l’intérieur de la nef, pour finir sur un chevet et des chapelles gothiques.

Pourquoi vous qualifiez-vous de «passeurs» ?

Nous montrons ce que personne ne distingue à l’œil nu. Nous nous adressons au public pour lui dire «désormais vous verrez dans la journée ce que nous vous avons révélé le soir. Maintenant vous pouvez réellement voir la merveille que vous avez sous les yeux». À Beauvais, les niches vides de la façade sud supposent qu’il y avait là des sculptures qui s’adressaient aux habitants, aux pèlerins qui se rendaient à la cathédrale. C’est la raison pour laquelle nous avons rendu à ces niches de pierre des occupants, le temps du spectacle. À Strasbourg, nous travaillons davantage sur une composante architecturale constituée par les harpes de pierre* qui sont remarquablement disposées sur la façade ouest et dont notre travail va montrer la transparence et la légèreté.

Vous développez un discours architectural mais pour quelle raison faites vous toujours intervenir des personnages ?

Notre fil conducteur est l’architecture mais c’est aussi et surtout la continuité des hommes. Ce que l’on regarde aujourd’hui est marqué par le regard de toutes les générations précédentes. Ce que nous voulons montrer dans les séquences de construction, c’est comment ces générations demeurent logiques les unes par rapport aux autres, dans une continuité ininterrompue. À travers la singularité de chacune des architectures sur lesquelles nous intervenons, nous découvrons des gens, toujours différents les uns des autres, aux histoires particulières et passionnantes.

 

*Terme d’architecture qui désigne un ensemble des pierres et moellons disposés en alternance pour former un angle de mur ou une chaîne verticale ou encore qui sortent d’un mur pour établir une liaison avec un autre mur.

 

photo : Skertzò

 

Adresse

  • Parvis de la Cathédrale
  • 60000
  • Beauvais