L’exposition Iceberg Cathédrale est le fruit de la résidence de Lise Terdjamn, artiste invitée par l’École d’Art du Beauvaisis au sein de ses ateliers sculpture / céramique.
Extrait de l'entretien de Lise Terdjman avec Clotilde Boitel, directrice de l'Ecole d'Art :
Pour ce projet, vos installations résonnent en écho avec des identités locales. Comment vous êtes-vous intéressée à la cathédrale de Beauvais ?
Lorsque vous arrivez en gare de Beauvais par le train, la cathédrale apparaît comme un ouvrage minéral massif intrigant, une météorite, un rocher dans la ville. Son volume, si particulier, doit à son inachèvement.
Si elle reste un symbole religieux fort, la cathédrale fut également l’objet des enjeux politiques de l’histoire des hommes, de leur prétention de puissance.
Sa monumentalité ressort de la qualité de ses structures phénoménales, mais il est à souligner que la cathédrale de Beauvais est paradoxale. D’une part, elle a le plus haut chœur gothique du monde, alors que d’autre part, elle est inachevée.
Là s’articulent les paradoxes et les tensions que j’ai retenus pour mon travail. Ces distorsions mettent au jour une fragilité : entre la masse visuellement inébranlable et son effondrement latent, là se situe le point d’équilibre du projet.
Votre projet a été conçu pour une crypte, salle basse de l’auditorium Rostropovitch, lieu très humide, comment dialoguez-vous avec ce lieu ?
La crypte est temporairement transformée pour la durée de l’exposition. C’est en effet un lieu gorgé d’humidité, le sol n’est jamais sec. J’intègre cette spécificité que je renforce en submergeant le sol d’une fine épaisseur d’eau. Des miroirs d’eau se créent, ils sont une invitation à traverser un espace régi alors par une fiction.
A la surface de l’eau, dans la première salle, se réfléchissent trois photographies grand format ; elles présentent une image inversée de la cathédrale, évoquant la partie immergée d’un iceberg.
En résonance avec les voûtes d’ogives très basses de la seconde salle, deux volumes en terre sont installés selon des points stratégiques, directement dans l’eau. Là encore, un dédoublement s’effectue par leur reflet ; on peut considérer qu’il s’agit de la mise en abîme de la cathédrale dans la crypte.
L’une des structures est en terre émaillée, blanche et brillante – tel un bloc de glace. La forme du volume est constituée d’un enchevêtrement d’arcs organisés afin de rappeler les impératifs techniques de construction des voûtes et des arcs-boutants de la cathédrale médiévale.
L’autre structure est en terre crue, elle aussi directement posée dans l’eau ; elle fait écho au volume extérieur de la cathédrale, un bloc massif aux surfaces tranchées, une masse compacte. Or, ce volume risque l’écroulement sur la durée de l’exposition, comme un iceberg ou un glacier soumis au réchauffement climatique.
D’une passerelle le visiteur accède ensuite, par un petit escalier, à un point de vue plongeant sur l’ensemble de l’installation : c’est le point culminant du parcours du visiteur. Un récit visuel produit une image renouvelée, poétique et intrigante, du lieu, de son histoire et de son devenir.
Du vendredi 22 janvier au samedi 2 avril 2016
Salle basse de l’auditorium Rostropovitch - Espace culturel François Mitterrand : 43 rue de Gesvres 60000 Beauvais
© Ecole d'Art du Beauvaisis

