(photo : Eric Hellal)
SOIREE JAPONAISE du jeudi 28 janvier 2016, à l'Ecole d'art du Beauvaisis, salle Textile. Nous étions douze présents... Voici les textes découverts, en vrac, et en live !
Isabel, animatrice de la soirée, présente Eloge de l'ombre de Tanizaki (Ed. Verdier) et lit un extrait qui explique que le papier japonais (pour écrire) ne ressemble en rien au papier occidental. Ou comment la vue d'un objet étincelant provoque un certain malaise chez les Japonais...
Danièle choisit de partager avec nous un extrait de Au Japon, ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime d'Elena Janvier (Arléa) : extrait sur le passage piéton et un autre sur les épouvantails : Il y a de très beaux épouvantails au Japon. Certains sont d’ingénieuses petites orgues hydrauliques en bambou qu’un filet d’eau fait ronfler et sangloter. D’autres sont de larges tambours de toile blanche, portant l’esquisse d’un visage et pivotant sur deux cordelettes tendues en travers des rizières.
Alan lit dans Le vide et le plein de Nicolas Bouvier, le passage sur les cigales : Au Japon, la Nature provoque plus de reconnaissance que de peur. L'enfance et les insectes sont en harmonie. Chaque enfant a un petit grillon qu'il élève dans une petite cage en bambou. Cela est dû au Shinto, nous explique Jean (Lycéen)... Paraît-il qu'au Japon on naît shintoïste et l'on meurt bouddhiste. Ah !
Eric nous présente le journal de Shiki : Un lit de malade de six pieds de long qui vient de paraître aux Belles lettres, traduit par Emmanuel Lozerand.
Shiki (19è) a vécu ses derniers mois alité pour tuberculose. Il écrivait une chronique quotidienne pour un journal japonais qui le publiait le lendemain.
Ce que l'on appelle shaseibun : équivalent en écriture au croquis sur le vif.
Les yeux d'un malade verront-ils les pruniers en fleurs ?demande Shiki...
Un haïku de Shiki :
Comment faut-il chanter ?
La grenouille et l'alouette
ne sont pas d'accord
Justement, on chante avec Cecilia : Sakura en japonais (elle a apporté les partitions). Moment de grâce.
Nuit de janvier
la voix de Cecilia nous guide
chanter « Sakura »
Guy lit, de Fukusawa, un passage de La ballade de Narayama, l'histoire terrible de ce village de montagne qui avait donné lieu au film éponyme. Là aussi il y a une chanson, lancinante : le chant pour garder l'enfant en le secouant sur le dos... Dans ce livre sont énoncés les six sens : vue, ouïe, goût, odorat, corps (notre toucher) et esprit.
L'humour est aussi bien présent dans la littérature japonaise. Jean lit un extrait des Les Pornographes de Nosaka Akiyuki (Ed Picquier). L'érotisme fait parfois bien rire.
Puis Sandrine lit un extrait de Soseki : Choses dont je me souviens.
Dans Première neige, de Kawabata, Cecilia nous fait partager un extrait qui parle de la mélancolie. Est-ce que cette notion est la même que ce que nous appelons mélancolie en occident ? Il est difficile de traduire certains concepts. Isabel évoque l'Aware japonais, très différemment traduit en langues occidentales : serrement de coeur, pitié, poignancy en anglais... et même parfois, solitude !
Jean évoque le très beau film allemand Cherry Blossom de Doris Dörrie... L'histoire poignante d'un couple dont l'un des membres se sait condamné et qui voyage au Japon pour voir le Fuji yama...
Puis Isabel propose, à la façon de Sei Shonagon dont elle a apporté Les notes de chevet que chacun écrive La liste des choses qui égayent mon coeur...
La chanteuse Rose a écrit une chanson, La liste, a découvrir sur Deezer, nous dit Sandrine.
Voici la liste collective obtenue à partir d'une sélection d'éléments écrits par Brigitte, Jean, Guy, Sandrine, Isabel, Danièle, Mara, isabel, Cecilia, Eric, Patrys, Alan :
Une jolie poupée russe
Mes deux filles improvisant au piano
L'aiguille dont j'ai utilisé la pointe afin de la rougir à la bougie
Les lumières qui clignotent quand la nuit dessine des ombres à ma fenêtre
Un médicament violent
Une bonne dose de sucre
Un bain avant de me glisser dans des draps propres
La première tasse de café le matin contemplant le soleil qui se lève sur la cathédrale
Ce chat, ma Caju, qui a des couleurs de noix
Ce sapin si haut qui est là depuis longtemps
Les jours fériés (même si en retraite)
Un(e) jeune enfant et son père promenant leur chien minuscule (lequel des trois promène les deux autres ?)
Le premier lever de soleil de l'année, sur la route, avant d'arriver au travail
Allumer la radio et entendre "She's like a rainbow" des Rolling Stones
Le merle qui fait pencher la branche en essayant d'attraper une baie de lierre
Le bruit de son moteur le vendredi soir
Un signe de la main du passant qu'on laisse traverser
Un oiseau blessé qui reprend son vol
Les bras de ma fille autour de mon cou
Un chant d'oiseau inattendu
Le visage aimé
Difficile de rapporter ici l'ambiance spéciale de la soirée !
Pour nous rejoindre le dernier jeudi de chaque mois, appelez-nous.
Prochaine fois : jeudi 25 février. Nous allons découvrir et employer les Dix mots de la langue française à l'honneur en Seize !
isabel Asunsolo

