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Sonore, poétique, symbolique... l’installation imaginée par Carole Chebron sur le site de la Maladrerie Saint-Lazare évoque la communauté des malades qui vivait sur ce site hospitalier au Moyen Âge. Au-delà de la référence historique, Carole Chebron interroge la raison d’être (ou pas) de l’enfermement, de la violence aussi qu’il provoque.
Réalisées en biscuit de porcelaine, quelque mille clochettes sont réunies en une grappe jaillissant du mur extérieur de l’ancien logis, bâtiment aujourd’hui en attente de restauration. Livrées aux courants d’air, au vent mais aussi au grand calme, elles tintent ou se taisent comme autant de petites voix en écho à l’enfermement.
Des adventices pour dire le rejet de la société envers les ostracisés. Longtemps dites « mauvaises », ces herbes ont ici la fragilité et la transparence du verre. Réalisées avec des baguettes de verrier, elles sont assemblées, emboîtées les unes dans les autres. Elles disent aussi l’oubli en portant avec elles, le souvenir de la Cristallerie de Clichy, manufacture célèbre pour la beauté de ses presse-papiers qui ferma ses portes en 1885 et dont il ne reste rien aujourd’hui.
La main qui ouvre ou qui ferme, qui décide de l’histoire, qui prévient ou alerte en agitant des clochettes, en faisant tourner des crécelles. Multipliée en autant d’êtres, la main mène le visiteur dans les méandres de l’enfermement arbitraire. Moulée en cire microcristalline, elle devient légèrement translucide selon la lumière. Devant le logis, elle enserre des crécelles fichées sur de hauts piquets de bois qui semblent avancer comme une armée de lépreux ; dans un arbre, elle maintient entrouvertes des cages à oiseaux suspendues.
Du vent, juste du vent... dans l’ancien cimetière, 350 petits moulins à vent plantés dans le sol, selon trois hauteurs différentes. Ici, la mémoire des âmes est activée par l’énergie sonore et visuelle du vent. Douces par une simple brise, ces voix deviennent entêtantes, voire angoissantes, par grand vent.
Dans la chapelle, une centaine de Pommes d’A sont réunies ; cette création s’impose d’elle-même dans de nombreuses installations de Carole Chebron depuis 2002. Elle intègre l’architecture de bois réalisée par le Cabanon Vertical lors de son exposition Géométries Variables à Beauvais en 2014. La micro-architecture mise en place dans la chapelle évoquait alors la séparation entre reclus et personnes saines qui suivaient le même office sans se voir. Dans cet espace à part, les Pommes d’A renforcent la puissance symbolique du lieu où s’expriment les liens entre sacré et profane, entre recueillement et réclusion.




