
Photographie par Laurent Kronental,Le Quadrilatère 2020
« Ce puissant ancrage historique confère au Quadrilatère un caractère particulier et une identité forte qui ont nourri le nouveau projet imaginé pour ces lieux. Alors qu’un vaste chantier de restructuration va être prochainement engagé, j’invite tous les habitants de notre territoire à faire du Quadrilatère un lieu de culture vivante et enthousiaste ! »
Madame Caroline Cayeux, Maire de Beauvais
Après avoir été fermé quelques mois pour travaux, Le Quadrilatère à Beauvais rouvre ses portes ce printemps avec une belle invitation lancée aux curieux qui n’auraient jamais osé pousser la porte d’entrée de cette institution beauvaisienne: celle d’un «premier contact». Inauguré en 1976, cet espace unique en son genre, imaginé par l’architecte André Hermant, abritait jusqu’en 2013 la Galerie nationale de la tapisserie. Aujourd’hui rebaptisé Le Quadrilatère, il propose une programmation qui s’étend à l’ensemble des disciplines artistiques et s’attache à valoriser les liens entre patrimoine et création contemporaine. Sa réouverture en février prochain marquera le lancement d’un grand projet de réhabilitation globale du site afin de moderniser l’équipement et de révéler son patrimoine exceptionnel. Pour accompagner son développement, la nouvelle responsable de l’établissement Lucy Hofbauer propose à travers l’exposition des œuvres de l’artiste et architecte mexicain Santiago Borja un dialogue entre art, textile, et architecture.
Trois cents ans après la fondation de la manufacture, André Malraux, ministre de la Culture, décide la création de la Galerie nationale de la tapisserie pour permettre à la ville de Beauvais de renouer avec ce savoir-faire ancestral. Le projet est confié en 1969 à l’architecte André Hermant, assisté de Jean-Pierre Jouve. La proximité directe de la cathédrale et du rempart antique oriente leur projet vers une architecture horizontale très contemporaine dont les murs en béton armé et la couverture de cuivre entrent volontairement en harmonie avec les matériaux des deux édifices anciens. En raison de la richesse archéologique du site, une partie du mur gallo-romain et une crypte archéologique sont intégrées dans le bâtiment et le parcours de visite, concentrant ainsi en un même lieu plus de 2000 ans d’architecture beauvaisienne. Inaugurée en 1976, la Galerie devient un lieu d’expositions temporaires consacrées à la présentation des collections du Mobilier national ainsi qu’à la sensibilisation des publics aux techniques de tissage. En 2013, la Ville de Beauvais acquiert le lieu qui devient en 2016 «Le Quadrilatère».

Photographie par Laurent Kronental,
Le Quadrilatère 2020
Le Quadrilatère est situé dans le cœur historique et touristique de la ville, au chevet de la cathédrale Saint-Pierre, la collégiale SaintBarthélemy et à proximité du MUDO - Musée de l’Oise hébergé dans l’ancien palais des des évêques-comtes de Beauvais. Au sein du castrum antique, le «socle» sur lequel a été construit Le Quadrilatère offre une leçon magistrale d’architecture, agite de façon hétéroclite les styles et les époques depuis l’Antiquité au xxe siècle et abrite une crypte archéologique présentant l’exèdre du iie -iiie siècle et un vestige archéologique de premier plan: un mur de rempart gallo-romain de la fin du iiie - début du ive siècle.
Le Quadrilatère est le fruit d’un geste architectural fort dans le contexte de la reconstruction. Son auteur André Hermant s’inscrit dans une double filiation: celle d’Auguste Perret, théoricien et spécialiste du béton armé, avec lequel il collabore sur le chantier du Havre et celle de Le Corbusier, urbaniste visionnaire et adepte de la standardisation de la construction. Hermant a œuvré tant dans le champ théorique avec la création du groupe «Formes utiles» qui participe aux fondements conceptuels du design en France que dans le champ de l’architecture avec des réalisations importantes comme le musée Chagall à Nice (1969), l’aménagement du petit palais d’Avignon Vue du Quadrilatère à Beauvais © Paul Nicoué, 201820 (1968-77) ou du parvis et de la crypte de Notre-Dame de Paris (1970-74). Si son architecture rappelle en de nombreux points le musée Marc Chagall par la présence de dalles de béton en façade du bâtiment, l’animation de cette dernière alternant de grandes baies et des redents vitrés, le projet s’est adapté à l’environnement historique de l’édifice. Hermant a dessiné une construction volontairement basse et discrète en béton armé, surmontée d’une couverture de cuivre à l’origine qui se distingue par ses formes et ses matériaux de la cathédrale et du rempart gallo-romain qu’elle côtoie. Ainsi, le dialogue entre cette architecture contemporaine et les monuments anciens est constant par la visibilité de l’édifice gothique depuis l’intérieur du bâtiment et par l’intégration d’une tour de l’enceinte antique et de vestiges archéologiques au sein même des espaces d’exposition. Le Quadrilatère se compose d’espaces d’exposition de grande ampleur (plus de 1800m2 ) répartis sur deux niveaux offrant depuis le rez-de-chaussée, une vue exceptionnelle et ininterrompue sur le chevet de la cathédrale ainsi qu’un jeu de perspectives et de vues plongeantes vers le niveau inférieur. La partie logistique et les espaces de réserve occupent également une place importante et sont complétés par la présence d’un auditorium de 230 places qui témoigne dans le contexte des années 1960, d’une conception moderne du musée qui ne tient pas seulement à sa muséographie mais aussi à l’importance des espaces consacrés à la diffusion du savoir.

Photographie par Laurent Kronental,
Le Quadrilatère 2020
Depuis plusieurs années, la Mission Arts plastiques de la ville de Beauvais impulse et développe un programme d’expositions et de manifestations à destination d’un large public. Au fil des ans, ces projets ont permis de conquérir et fidéliser les publics et de renouveler l’approche d’un territoire. La reprise du Quadrilatère a donc naturellement répondu à un besoin d’équipement permettant de développer les arts plastiques ainsi que d’intensifier l’offre culturelle et artistique déjà riche et diversifiée. Elle a permis le soutien à une dynamique en faveur du public - une priorité de l’action culturelle portée par la ville autour de la sensibilisation, la formation et le développement des publics – comme un développement des arts visuels, un secteur déjà très investi de longue date par la collectivité.
Dès le rachat des lieux en 2013, la ville de Beauvais amorce une transition douce entre la très forte visibilité et renommée publique de la Galerie Nationale de la Tapisserie pour laquelle le public vient à Beauvais et la politique déjà engagée de la ville autour du lien entre patrimoine et art contemporain, objet du futur devenir des lieux. L’imbrication des arts appliqués et art contemporain, et en premier lieu de la tapisserie au lieu, va orienter la première politique d’expositions temporaires articulées autour de la matière textile ou argile, de l’histoire de la manufacture, du travail d’artisanat d’art et de la création et notamment du design. Très vite, l’identité nouvelle du lieu se renforce autour des liens entre histoire, art, patrimoine et création. En 2016, la Galerie Nationale de la Tapisserie devient officiellement «Le Quadrilatère», en référence à son architecture géométrique épurée ainsi qu’aux quatre axes de son projet (arts, création, patrimoine et histoire) et va conduire une politique dynamique d’expositions temporaires en résonance avec l’évolution des pratiques et en relation avec d’autres institutions culturelles, artistes, galeries.
Somme de trois fabriques architecturales – une architecture emblématique du xxe siècle, un site archéologique unique, une expérience de l’art et de l’architecture avec un programme d’exposition renouvelable –, Le Quadrilatère a connu plusieurs étapes de développement, avec comme volonté première de créer un lien entre patrimoine et création. Les directions artistiques successives vont impulser une volonté politique claire: un lieu ouvert, accessible aux différents publics et connecté à la ville et son territoire. En 2019, Lucy Hofbauer, historienne de l’art et de l’architecture, auteure et commissaire d’exposition, prend la direction artistique du lieu et lui offre une orientation entre art et architecture avec la charge de mener à bien le projet de restructuration du Quadrilatère.
En 2019, Le Quadrilatère connaît une première phase de travaux de rénovation thermique et lance un projet de développement d’envergure qui repose sur quatre priorités: donner des clefs de lecture de l’histoire de la ville ; valoriser l’expérience passé/présent/futur; faire découvrir la création artistique sous toutes ses formes (art moderne/ contemporain/ décoratifs) ; émouvoir et inviter le spectateur à appréhender le monde par le biais artistique. Cette refonte structurelle s’articule autour de plusieurs enjeux: des expositions renouvelables avec lieu de diffusion et de soutien à la création pluridisciplinaire ; une valorisation du patrimoine avec la création d’un CIAP, outil de médiation et de sensibilisation aux enjeux de l’évolution architecturale, urbaine et paysagère de Beauvais ; une valorisation des vestiges archéologiques avec le développement d’un parcours scénographique qui les traverse ; des espaces d’accueil ou de ressources, lieux de rencontres et de convivialité, d’échanges et de savoirs; un espace de médiation, lieu de découverte, d’éducation et de 21 développement des publics ; une ouverture sur les extérieurs (parvis, jardins, cloître au chevet de la Cathédrale),…
Espace d’exposition dédié à la création contemporaine sous toutes ses formes, Le Quadrilatère s’engage aujourd’hui dans une réflexion autour de la nécessité de le positionner dans une identification plus précise. Il s’agit de spécifier quel est le type de lien qui associe art contemporain et patrimoine. Le lien à l’architecture est aujourd’hui le fil conducteur de la programmation, afin de porter un projet artistique singulier explorant la discipline architecturale comme champ de pensée et de création. Dans le paysage international de la création contemporaine, l’architecture rassemble en effet de nombreux acteurs - designers, artistes, philosophes, paysagistes, photographes, écrivains - capables de penser et d’apporter un regard sensible sur le monde contemporain.

Vue de l’exposition « Santiago Borja. Premier contact »
- Le Quadrilatère. Photographies : Salim Santa Lucia © Le Quadrilatère 2021.
La programmation nouvelle du Quadrilatère propose de tisser un lien singulier entre art et architecture à travers l’histoire et le patrimoine, jusqu’aux expérimentations contemporaines. L’architecture, son potentiel d’évocation, s’envisage comme métaphore du monde bâti des Hommes: elle s’envisage en lien avec les autres arts et champs de la création, afin d’éclairer notre monde contemporain. Le développement du projet de production, diffusion et médiation du Quadrilatère s’adosse ainsi à ses riches fondations patrimoniales – une architecture remarquable du xxe siècle qui se superpose aux strates historiques de la ville, des galeries d’exposition en suspens au-dessus des vestiges gallo-romains – et se place au cœur des débats autour de la fabrique de la Cité.
Entièrement intégré à la programmation artistique et culturelle du Quadrilatère, un parcours patrimoine est spécifiquement dédié à la valorisation et sensibilisation à l’architecture et au cadre de vie auprès d’un large public. Cet espace actuel, préfigurant une proposition plus complète à venir avec un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (2023), est animé par la Mission Ville d’art et d’histoire de la Ville de Beauvais. Il présente les sujets fondateurs de la fabrique de la ville (le patrimoine Antique, le rempart, la reconstruction…) mais propose aussi des expositions-dossiers dont la thématique se développe en lien avec les expositions temporaires.